21 juillet. La Fête. Nationale? J’aimerais bien. Je suis resté Belge, quelque part. C’est une idée qui me plaît bien, la Belgique. Justement parce que nous ne sommes pas vraiment une nation, tous différents entre nous que nous sommes. Tous des métis, des « zinneke », comme on dit à Bruxelles. C’est notre trait commun. Et moi, plus que Belge encore, je suis fédéraliste. Comme Denis de Rougemont. Fédérer c’est unir. Mais chez nous, on ne dit plus, ou pas encore, « fédérer ». On dit: « fédéraliser », c’est-à-dire diviser.

On y est presque arrivé. Qu’avons-nous encore en commun? Politiquement, je veux dire. Plus grand-chose, à proprement parler. Une petite armée (et c’est tant mieux qu’elle puisse sans dommage être si petite), une équipe de football qui ne nous aide plus guère à vibrer, depuis qu’elle collectionne les casquettes contre les adversaires les plus improbables. Et un gouvernement d’affaires coulantes. Une famille royale bien gentille aussi, bien sûr, mais dont beaucoup pensent qu’elle sent un peu la naphtaline, sans trop oser le dire pour ne blesser inutilement personne.

Tenez: notre bon Roi – j’écris sans ça sans la moindre ironie: Albert II donne vraiment l’image d’un homme « bon » – s’est encore adressé à nous dans une de ses deux interventions télévisées annuelles – l’autre, c’est à Noël. Il nous a remerciés de notre sollicitude à son égard quand il s’est cassé le col du fémur, voici peu. Et il a salué les quelques initiatives citoyennes qui vont dans le sens d’un rapprochement des communautés. Une petite Brabançonne là-dessus, dont plus personne ne connaît les paroles (heureusement d’ailleurs, elles sont aussi tarte que celles de tout hymne national qui se respecte…)

Bien sûr, il ne fallait rien attendre de plus. Quand il est constitutionnel, un monarque n’a pas à exprimer ses opinions personnelles. Tous ses propos doivent avoir le contreseing d’un ministre qui s’en rend ainsi seul responsable. Et c’est sans doute là que le bât blesse. Dans le monde politique, il n’y a plus personne pour porter avec sincérité un projet « belge » et les faire exprimer par les royales cordes vocales. Ce serait d’un ringard…

Electoralement dangereux aussi: dans les urnes, on se bat surtout à la marge pour récupérer les voix extrêmes, en étant persuadé que cela ne fera pas fuir les autres. On a raison, d’ailleurs, voyez les résultats.

Divorce entre la Belgique « d’en haut » et celle « d’en bas »? Je ne crois pas qu’il y ait, dans la population, une quelconque majorité pour souhaiter la disparition de l’Etat. Mais il n’y a personne non plus pour dire que ça suffit. Personne pour reprendre les paroles du grand Jacques et son célèbre: « Messieurs les flamingants, je vous emmerde ». Personne non plus pour demander aux rois fainéants qui l’ont gouvernée depuis tant de saisons, ce qu’ils ont fait de la Wallonie, ce qu’ils ont fait à la Wallonie.

Non, je ne vire pas populiste. Parce que le peuple, ce peuple dont je fais partie, il est à l’image de ses dirigeants. Il a ceux qu’il mérite. De la société civile, n’émerge pas plus de projet fédérateur qu’il n’en vient de la société politique. La Belgique se dissout lentement, comme un morceau de sucre, et tout le monde s’en fout, ou presque.

Allez, quelle heure est-il, au fond? Oops, minuit passé. On est déjà le 22, là… Finie, la Fête. A l’année prochaine, sans malheur, comme disait bobonne, ma chère arrière-grand-mère.

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2 Réponses to “Fête Nationale en Belgique: A l’année prochaine, sans malheur…”

  1. Je suis tout à fait d’accord avec votre texte. Je voudrais juste rectifier un peu votre phrase « De la société civile, n’émerge pas plus de projet fédérateur qu’il n’en vient de la société politique ». Il y a l’asbl BPlus et le groupe Pavia qui font du bon boulot en faveur de l’unité de la Belgique et militent, entre autres, pour la création d’une circonscription nationale. Je pense que c’est une piste qu’il faudrait étudier pour obliger les élus à tenir un peu plus compte de l’opinion de l’autre communauté. Je vous invite à venir lire ce que j’ai écrit au sujet de la fête nationale sur http://journalpetitbelge.blogspot.com

  2. Charles Bricman dit :

    Juste! Votre journal d’un petit Belge est d’ailleurs déjà dans mon lecteur de flux RSS… Il y a sans aucun doute, en Belgique, des intellectuels qui réfléchissent et proposent, dans un sens ou dans l’autre, mais j’ai le sentiment qu’ils parlent souvent dans le désert. Ce qui n’est certes pas une raison de ne pas persévérer!
    Bien cordialement,

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