Le Magazine des Livres, qui appartient à l’éditeur Robert Laffont, ne répond finalement pas à la question qu’il pose dans son numéro de mars-avril: les blogs sont-ils solubles dans la littérature? J’en retiens essentiellement:

  • qu’un certain nombre de succès de librairie de ces derniers mois sont issus de blogs (Des souris et un homme, compte-rendu de drague sur Meetic; la chambre d’Albert Camus, recueil de nouvelles de Ron, infirmier; La collecte des monstres, chez Gallimard s’il vous plaît; Le blog de Max…
  • que dans la plupart des maisons d’édition, on se tient plus ou moins informé des nouvelles de la blogosphère, des fois que… Mais on précise le plus souvent qu’on fait ça de loin en loin, ou par ouï-dire, parce qu’on n’a pas trop le temps, évidemment!
  • que les éditions Plon (même groupe) tentent de nous appâter en organisant « le premier prix littéraire 100% internet »: il ne nous reste que jusqu’au 15 avril pour rentrer un manuscrit de 80 à 300 pages de 1.500 signes; les cinq meilleurs (selon Saint Plon…) seront soumis aux votes des internautes et le vainqueur sera publié en janvier 2008;
  • que les blogueurs qui se sont fait publier cessent souvent de bloguer, comme si leur blog n’avait été qu’un tremplin, jetable après avoir rempli son office;
  • que l’exercice peut être dangereux pour les blogueurs masqués: Max s’est fait virer de sa boîte, une fois venu sous les projecteurs de la télé;
  • que de rares incorruptibles refusent de se laisser publier sur papier, en arguant de leur farouche volonté de préserver leur indépendance.

So what? Tout cela, me semble-t-il, manque un peu de mise en perspective. Et ignore les spécificités propres à ces trois univers distincts mais complémentaires que sont (i) le livre, (ii) le blog et (iii) internet. Pour un éditeur en effet, et je n’y vois rien de péjoratif, le livre est un produit; le blog et internet, eux, sont des outils. Il est assez vain de les mettre en concurrence.

Pour illustrer mon propos, voici un exemple significatif, malheureusement négligé par l’enquêteur: l’ouvrage de Joël de Rosnay publié chez Flammarion (Le Pronétariat) a été rendu gratuitement téléchargeable en format .pdf, six mois après être sorti de presse; et les ventes du livre imprimé ont repris à partir de ce moment. Mais publié par tranches, en blog, il aurait été parfaitement illisible.

Cessons donc de mélanger les pommes et les poires.

P.S.: Le Magazine des Livres a la très bonne idée de publier, depuis son premier numéro, une sélection commentée de blogs littéraires ou consacrés aux livres. Sur les trois fleurs cueillies cette fois-ci, il n’y en a toutefois déjà plus qu’une d’accessible: Karine Fougeray.

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