Je prolonge ici ma petite réflexion que j’ai entamée hier soir. Un avocat de Grimbergen, militant N-VA qui me fait l’honneur de me lire et que je salue, me fait observer sur Twitter que remettre en cause l’existence des communautés revient à saper les bases de la Belgique – ce qui au demeurant ne le chagrine évidemment pas outre mesure. Je vois très bien ce que veut dire Stéphane dont je respecte le point de vue qui n’est pas le mien: la Communauté est pour la Flandre l’institution qui la relie à Bruxelles en faisant des néerlandophones de la capitale des « brusselse Vlamingen » (Flamands bruxellois) et non des « vlaamse Brusselaars » (Bruxellois flamands), ce qui est plus qu’une nuance.

C’est le raisonnement qui fonde la revendication flamande pour un fédéralisme « à deux », la Belgique étant à leur estime une fédération de deux peuples, les Flamands d’un côté, les Wallons de l’autre. Ce n’est pas, en soi, une conception monstrueuse. Je suis cependant intimement convaincu qu’elle est fausse. Je pense qu’il y a en Belgique une troisième composante qui n’est peut-être pas un « peuple » ou une « nation » au sens où le sont les Flamands et les Wallons, mais qui n’en est pas moins une population qui ne se reconnaît ni dans l’identité flamande, ni dans l’identité wallonne. Mais c’est actuellement une population presque sans voix (sauf dans la société civile), et en tout cas sans représentants dans les instances élues.

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J’ai observé avec beaucoup d’intérêt mais sans rien dire jusqu’ici, les remous provoqués par les déclarations de Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l’Economie, sur la « déconstruction » de la Communauté française, sur la régionalisation de l’enseignement et sur le lancement d’une réflexion sur le destin de la Wallonie. Croyez-vous qu’on se serait réjoui de cette relance – enfin! – d’un vrai débat d’idées? Que nenni! Demotte tire la gueule à son collègue, Moureaux a des aigreurs d’estomac, l’ayatollah Ecolo Cheron se déclare en colère et au FDF, on commande les sels. Remettre en cause la PUC (Pensée Unique Communautariste), ça ne se fait pas,  Jean-Claude…

Eh bien moi, je dis que là-dessus, il a mille fois raison, Marcourt.

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Aujourd’hui, il y a eu cinq ans que je  blogue ici.

Ce billet est le 905e. Vous avez déposé 5.404 commentaires, plus quelques-uns que j’ai virés parce qu’ils étaient inconvenants et Akismet a arrêté 49.696 spams.

Ce ne sont que des statistiques.

Ce blog m’est cher pour une autre raison, bien plus importante: c’est le salon où je cause avec vous… Merci de le fréquenter.

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Le problème de l’ami Magnette, c’est qu’il n’est pas cohérent dans sa critique de la Commission européenne. On peut soutenir que sa politique n’est pas la bonne parce qu’elle aggrave la crise au lieu de la résoudre, des tas de bons esprits défendent cette idée avec conviction et talent. Mais quand on a accepté d’être ministre dans un gouvernement qui applique cette politique, ça fait tache et ça montre simplement que la « gauche » a perdu la tête et ne s’adonne plus qu’à la com’ la plus démagogique qui soit.

La « droite », elle, est cohérente. Sa logique repose sur la prémisse qu’une bonne cure d’austérité permettra de vaincre la crise. Mais c’est un postulat, sinon un axiome, c’est-à-dire un principe non démontré et peut-être indémontrable.

La vraie question est de savoir s’il existe une alternative à l’austérité. En théorie, sans doute, mais elle est nécessairement si radicale qu’on peut douter de sa faisabilité politique.

C’est tout le drame de l’époque que nous vivons. Nous n’avons plus le choix qu’entre une austérité qui ne nous évitera peut-être pas le désastre et des réformes si profondes qu’elles ne pourraient être conduites que par des visionnaires que nous n’avons pas.

L’Histoire nous rappelle que dans ces circonstances, les temps deviennent tumultueux car ceux qui souffrent, quand ils estiment n’avoir plus rien à perdre, finissent toujours par se révolter.

Bonne année quand même, puisque ceci est mon premier billet de l’année. Au soir du 12 janvier seulement, oui. Parce que je suis perplexe et inquiet. Et que je n’ai qu’une confiance très limitée en ceux qui sont sur la passerelle. Sincèrement, j’espère me tromper.

Lire aussi: « L’année de l’austérité« , chronique de Hughes Le Paige

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Jésus est né dans la baie de Naples…

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Je n’étais pas ce matin à la Chambre, à cinq heures quarante, quand les députés ont voté, majorité contre opposition, la réforme des pensions. Eussé-je pu y être que je n’y fusse pas allé. C’est trop mélancolique, un principe fondateur qu’on tourne en dérision et qu’on piétine avec une ivresse de barbare.

Hier, je n’étais pas non plus dans la rue et n’ai pas fait grève contre les projets du gouvernement. Elle était dérisoire, cette tentative désespérée de canaliser la colère de ceux que révolte le démantèlement de leurs précieux privilèges comme on lève la soupape d’une marmite sous pression.

Nous sommes sous l’emprise d’une fatalité abjecte.

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Je me méfie instinctivement des citations superlatives. Vous savez? Celles qu’on trouve sur la jaquette des livres à la mode – la mode étant, en l’espèce, l’alibi de l’acheteur efficacement socialisé. Or, la jaquette annonçait, selon Le Nouvel Obs, rien moins qu’ un « prodigieux roman qui a sa place parmi les chefs-d’œuvre de la littérature universelle ». Pire encore, peut-être, l’éditeur avait fait placer sur la une de couverture une pastille auto-collante désignant un des dix romans de la première décennie du siècle « à lire absolument ». Mais bon: il est d’un Nobel de littérature (2003), aussi. Ce qui n’est pas forcément une tare, faut quand même pas pousser.

Eh bien, Disgrâce de J.M. Coetzee (prononcez Koutzia en afrikaans approximatif) est effectivement un livre important. Il n’est de vrai panthéon des lettres que personnel et le mien contient  des titres qui seraient pour vous des intrus aussi bien qu’il y manque des géants, car on ne peut pas tout lire. Ma bibliothèque est un dépôt chaotique dont la cohérence ne se montre à mes yeux qu’avec le temps qui coule et à mesure que s’y parfait le désordre.

Mais restons à ceci.

C’est un roman crépusculaire, je ne pourrais mieux dire. Coetzee se présente paraît-il lui-même comme un écrivain occidental vivant en Afrique australe, ce qui paraît bien vu mais appelle impérieusement un complément de temps: il est né en 1940 et avait donc déjà franchi, au moment de la publication de Disgrâce, les soixantièmes fermentants. Ça situe le contexte spatio-temporel et justifie ma recommandation de vous munir pour la lecture de quelques comprimés de Prozac, à tout le moins de ne l’entreprendre qu’après un cure préventive de millepertuis.

On ne rigole pas. L’histoire est captivante, elle se lit comme un… roman, jusqu’au bout de la nuit, mais si elle a été distinguée par le Booker Prize en 1999 et, dans sa traduction française, par le Prix du meilleur livre étranger 2002, je parierais bien qu’elle ne figure pas dans les favoris du Club des Optimistes.

Quoique.

David Lurie, prof de lettres pour raisons alimentaires, est d’un monde assiégé qui décline, c’est sûr. Il est inquiet pour sa fille, forcément de sa race, mais Lucy réagit autrement et l’affronte lucidement pour tenter ‘y trouver sa place au lieu de se barricader dans la citadelle qui tombera tôt ou tard. Et Lurie, symboliquement, fera comme elle à la dernière ligne du récit, si vous m’en croyez.

C’est une œuvre puissante, qui convoque quelques mythes fondateurs de la civilisation, de Don Juan à Sisyphe, en se contentant de les évoquer entre ses lignes, sans aucune pesanteur démonstrative, ce qui est à mes yeux la marque d’un grand roman, ce genre irremplaçable et nécessaire, dont on ne cesse d’annoncer la fin mais qui n’en finit pas de renaître, comme s’il n’était pas seulement la marque de l’Occident, mais la condition de la civilisation quand elle porte ses plus beaux fruits.

Lisez donc Disgrâce si vous ne l’avez déjà fait et si vous avez le courage d’affronter le monde comme il va.

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Les chevaux de frise autour du rond-point  Schuman n’émeuvent plus trop les habitués du quartier européen. C’est business as usual lors d’un sommet réunissant les vingt-sept petits princes des Nations d’Europe et leurs cours respectives. Ceux-là ne se trouvent apparemment plus à leur aise qu’à l’abri de donjons bien gardés par des schtroumpfs en tenue bleue de combat. Ce qui pourrait surprendre en démocratie: lesdits princes ne sont-ils pas les représentants librement élus, et partant légitimes, des peuples qu’ils gouvernent?

Cette idée ahurie m’est venue jeudi midi, au cœur de l’Europe battant la chamade dans l’attente d’un sommet que l’on dit « décisif » -ce n’est « que » le dix-huitième en deux ans nous rappelle la télé. Idée gentiment ironique au demeurant: les peuples sont encore en sommeil, comme si toute cette agitation ne les concernait que de très loin.

Les sommets décisifs, les Belges les connaissent: il ont renoncé à les comptabiliser au fil des 541 jours qu’il fallut pour constituer un gouvernement hétéroclite, né boîteux et probablement promis à une existence mouvementée, voire fort brève.

L’Europe souffre en fait, en grand, du mal dont la Belgique pâtit à une bien plus petite échelle. La Belgique n’est plus une démocratie, mais une cohabitation chaotique de deux démocraties. Tandis que l’Europe n’est pas encore une démocratie, mais une addition improbable de 27 démocraties assorties d’une techno-bureaucratie. Ce parallèle me paraît éloquent.

Le diagnostic, je le partage en somme avec les nationalistes, les eurosceptiques et les « souverainistes » de tout poil. Ni en Belgique, ni en Europe, les institutions communes ne sont ni efficaces, ni satisfaisantes, parce qu’elles manquent de la légitimité démocratique que confère une véritable démocratie « nationale ». Mais le remède qu’ils proposent est létal dans un cas comme dans l’autre: c’est le chacun pour soi des frileux et des Dupont-Lajoie. L’égoïsme des bien nantis comme l’arrogance des assistés à qui tout serait dû. L’un comme l’autre ont pour logique ultime le conflit, l’impuissance et la ruine. La « finale crevaison grenouillère ».

Le seul remède est dans un vrai fédéralisme conçu, non comme un livre de recettes ou un manuel de plomberie institutionnelle, mais comme une philosophie qui suppose:

  1. que tout intérêt particulier est respectable et légitime mais ne peut être satisfait que dans la mesure où il ne menace pas l’intérêt général;
  2. que si la définition des intérêts particuliers relève exclusivement des particuliers, celle de l’intérêt général doit être faite selon des procédures garantissant la légitimité démocratique tirée du suffrage universel.

L’Europe et la Belgique se ressemblent décidément comme un prototype et son modèle réduit.

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Avec des taux au-dessus d’intérêt au-dessus de 7%, la question n’est plus de savoir si l’Italie va s’effondrer. Elle est de savoir quand l’Italie va s’effondrer si ça perdure. La troisième économie de la zone euro après l’Allemagne et la France, oui.

Ce n’est pas de l’astrologie ni de la divination, c’est de l’arithmétique. Lorsque les taux d’intérêt sont durablement supérieurs au taux de croissance, la dette grossit inexorablement toute seule car vous devez emprunter toujours plus pour couvrir des charges d’intérêt toujours plus importantes. Et il arrive alors immanquablement un moment où vous ne trouvez plus de prêteur pour vous fournir de quoi payer vos dettes. Cessation de paiement et ébranlement du crédit. Les deux éléments constitutifs de la faillite. Dans le cas des Etats, on appelle ça faire défaut sur sa dette.

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Quand j’étais môme, au début des années 60, on avait des soucis mais ils étaient ponctuels. Le Congo, la Loi Unique et la grande grève renardiste, les fermetures de charbonnages, les problèmes linguistiques… Et la crise des missiles à Cuba. J’avais neuf ans et ma sœur ou mon frère allait  venir au monde – c’était en octobre 62. En fin de journée, bon-papa m’envoyait chez le libraire de l’avenue de l’Université pour acheter la dernière édition du Soir qui se vendait comme des petits pains. J’avais peur car mon grand-père qui avait connu deux guerres mondiales voyait venir la troisième. Sur le chemin du retour, je parcourais fiévreusement la manchette du canard -dans lequel j’écrirais plus tard- pour tenter de savoir si ce serait ma première. Et sans doute la dernière.

La crise s’est arrangée le 28 et ma sœur est née le 29.

Le monde était effrayant mais les choses étaient claires: il y avait les « bons », et puis les « méchants ». Les communistes. Quelques années plus tard, en rhéto, le prof avait emmené la classe au Centre Culturel Jacques Franck à Saint Gilles, voir une pièce de Shakespeare mise en scène par un gros barbu qui en proposait une lecture strictement marxiste. Il était là pour débattre avec les grands élèves des écoles de la commune, convoqués pour une représentation organisée à leur intention, en « matinée » comme on dit au théâtre pour parler de l’après-midi.

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